Le lac temporaire des Rives, un phénomène spectaculaire du causse du Larzac

Le causse du Larzac est un haut plateau du sud du Massif central qui s’étend entre Millau (Aveyron) et Lodève (Hérault). Constitué de calcaire et de dolomie, on y trouve grottes, aven, chaos rocheux.

Une curiosité particulièrement spectaculaire est la présence d’un lac temporaire situé dans le Larzac méridional (Hérault) à 700 m d’altitude, à 2 km au nord du village des Rives. Le site est une pâture qui s’étend entre des chaos de rochers. Le lac temporaire se trouve sur une propriété privée qui utilise le site comme pâturage de bovins.

Ce lac se forme après de fortes pluies, atteignant parfois une quinzaine d’hectares et une profondeur de 15m.

Une belle vue du lac en hiver 2026: l’eau entoure le chaos rocheux en partie colonisé par le pin sylvestre

Les apparitions du lac sont connues précisément depuis seulement une centaine d’années. Il serait apparu en 1933, 1953, 1963, 1969, 1977, 1987, 1996 pour le XXe siècle, et en 2004, 2014, 2023 et 2026 pour le XIXe siècle. L’eau peut subsister quelques jours à quelques mois. Dans le Journal de MIllau (15 avri 2004), il est écrit

 « le 1er novembre 1963, le lac mesurait 1250 mètres de long du nord au sud et franchissait alors la route départementale D51 qui relie les rives de la Pezade. D’une largeur de 400 mètres environ, il mesurait de 2 à 12 mètres de profondeur. Le volume d’eau stocké représentait environ 2 500 000 m3. Ce volume diminua rapidement pour se stabiliser vers 450 000m3 ». En 1963 sa durée fut d’un an, en 1956 elle ne fut que de 6 mois, mais en 1933, cette durée aurait été de 3 ans.

Le processus de formation du lac

Le site du lac des rives est à l’ouest du Larzac méridional dans la partie colorée en vert (en haut à gauche) et qui correspond à un substrat dominé par la dolomite (ou carbonate de magnésium)

Ce lac se situe sur dans une vaste dépression de plusieurs dizaines d’hectares, dont le fond est constitué des produits de l’altération des dolomies, qui forment un sable très fin. Ce sable est mélangé à des argiles, formant avec lui un fond étanche. Lors des périodes de fortes pluies (il pleut environ 1m de pluie par an, voire 1m50, notamment en hiver), qui sont précédées de mois où la pluviométrie est d’au moins 500 mm, l’eau s’écoule par gravité au fond de la dépression, puis remonte lorsque ce fond est saturé.

Une fois qu’il ne pleut plus, le lac n’est plus alimenté et l’eau s’évapore, encore favorisée par les vents, mais ça n’est pas tout. « Le sol n’est pas totalement étanche. Des fissures vont se rouvrir et le sable aussi va permettre l’infiltration, donc le lac va disparaître. » Il peut ainsi disparaître après deux jours d’existence, ce qui a été le cas en 2023.

Lors de la formation du lac, se développe une vie aquatique et semi aquatique. Les batraciens sont nombreux à se manifester en mars ! Mais la curiosité la plus étonnante est la présence d’un petit crustacé d’eau douce, le chirocéphale (Chirocephalus diaphanus) , adapté aux environnement très stressants. Ili développe une forme de résistance en formant un cyste, où l’embryon est isolé par une paroi et attend le moment propice pour se développer, lorsque le milieu est à nouveau saturé en eau.

Le lac des Rives en 2026

Cet hiver 2026, le 29 janvier,  le lac s’est rempli d’eau sur une surface appréciable après de fortes pluies hivernales, estimées à 950 mm entre décembre et janvier. En février 2026, date de ma visite, l’eau débordait partout dans le site. Ce lac temporaire avait refait une légère apparition il y a trois ans, mais il faut remonter à 2014 pour retrouver un niveau d’eau similaire.

Le 1er juillet, jour de mon arrivée, il avait sans doute disparu depuis plus d’un mois, car l’herbe avait bien poussé partout, et des vaches avaient été menées à la pâture. L’eau était encore présence le 15 mai, à 50 cm sous son niveau maximal hivernal.

Ci-dessous, plusieurs vues du lac temporaire en hiver et en début d’été

Le même parcours en été montre une formidable résilience du milieu : certains arbustes ont résisté à plusieurs semaines d’eau, sauf les genévriers tous morts.

Une forêt moussue

Le paysage autour du lac est constitué de bosquets de chênes pubescents qui ont recolonisé les anciens pâturages, englobant peu à peu les zones à graminées, ainsi que les buissons de buis et de genévrier. Il s’agit en fait d’un retour aux conditions naturelles boisées du Larzac, qui serait naturellement forestier sans les activités humaines. Cet état de déboisement date du Néolithique.

Sur l’image ci-dessous, on voit que ces formations forestières s’avancent de manière irrégulière, sans doute en fonction de l’intensité des pâturages. La forêt la plus dense se situe au nord du lac temporaire, où elle apparaît de manière plus sombre, signant une plus grande densité de végétation. De multiples senties traversent cette petite forêt, mais aucune activité humaine ne semble s’y développer.

Cette forêt est dominée par le chêne pubescent qui ne dépasse pas 15m. Les sous-étages sont riches de plantes pionnières : buis, filaire, noisetier, érable de Montpellier pour l’essentiel, qui s’adaptent à la fermeture progressive du milieu. Cette forêt est humide, comme en témoignent l’abondance des mousses pendant sur les branches, et la présence du hêtre et du lierre dans les strates inférieures de la canopée. On y trouve aussi le fragon (Ruscus aculeatus), le bois joli (Daphne mezereum), l’aubépine (Crataegus monogyna), la viorne lantane (Viburnum lantana) et même un groseiller en fruit (Ribes rubrum). Au sol l’hépatique à trois lobes (Hepatica nobilis) et le lierre témoignent également d’un sol riche.

La chênaie à buis en hiver 2026. Les sous-étages sont couverts de mousses pendantes, signe d’une forte humidité permanente. Au sol: parterre de fragon

Sous-étage de hêtre. Photo 12 hêtre et noisetier vu d’en bas. Photo 2: strate au sol: hêtre et fragon

Ci-dessous: photo 1: bloc de dolomie couvert de mousses en hiver. Photos 2 et 3: aspect des sous-étages en juillet 2026. L’humidité s’est maintenue même après la disparition du lac depuis au moins deux mois.

Cette forêt est de faible hauteur, et semble humide toute l’année, même lorsque le lac a disparu. Sans doute est ce grâce au substrat fait des produits de décomposition des dolomies, qui par leur imperméabilité, conservent l’humidité en profondeur.

Cette forêt est constituée principalement de chêne (Quercus pubescens) dans la canopée, mais on y trouve quelques hêtres, preuve d’un milieu humide, de même que l’abondance des mousses qui pendent aux branches et tapissent les rochers. Les sous-étages sont constitués de grands genévriers rescapé des premiers stades de recolonisation de ce site, des facies de lierre sur troncs et rochers. Dans les strates basses et au sol, se développent Daphné mezereum, Polygonatum multiflorum, Ruscus aculeatus. On y trouve même un groseillier en fruit ! (voir ci-dessous).

On ne peut que se poser la question de ce que serait ce lieu extraordinaire, s’il n’y avait pas eu de pâturage . Y aurait-il une forêt plus adaptée à des submersions épisodiques ? les plantes limiteraient elles l’ampleur des eaux par l’évapotranspiration ? toutefois, comme les pluies ont lieu en hiver, cela reste peu probable.

En conclusion

Ce site étonnant n’est guère connu sauf par les populations locales, qui s’y pressent lors des épisodes d’émergence du lac. Soulignons la tolérance des propriétaires, qui acceptent la pénétration de ce public lors des épisodes d’émergence du lac.

Laisser un commentaire