Un monument naturel
Proche du château de Lamanon, on peut admirer un platane de grandes dimensions, dénommé « Le Géant de Provence ». Il s’agit d’un platane hybride entre le platane oriental (Platanus orientalis) de la région Est de la Méditerranée, et le platane occidental (Platanus occidentalis) de la partie orientale d’Amérique du Nord.
Son grand âge (estimé à 300 ans), ses dimensions remarquables (en 2015: circonférence à 1m30: 7,55m; hauteur : 21,5m, largeur de la couronne 44 m sur 45 m ) expliquent qu’il ait été classé au titre des sites et monuments naturels de caractère artistique le 26 février 1918, et ait obtenu le Label Arbre Remarquable de France par l’aAssociation « Arbres » en août 2014.

Ci-dessous: forme de la feuille et aspect de l’arbre en automne 2025.
Cet arbre bénéficie d’un environnement exceptionnellement favorable, (lumière, sol limono-sableux calcaire, eau soins apportés par ses propriétaires). Sa croissance semble avoir été très rapide.

Une analyse architecturale de l’arbre a permis de différencier différentes phases de développement de l’arbre. Dans la partie supérieure de la couronne, l’arbre a atteint un stade de maturité avancé, avec notamment une vitalité médiocre une abondante fructication, et une forte mortalité des axes réitérés. La photo prise ci-dessous montre que le houppier a souffert de pertes de branches, signe d’un dépérissement lié à l’âge et la présence d’un décomposeur du bois, le phellin tacheté (observé en 2015). Ce champignon était déjà présent en 2000 et a progressé depuis.

Dans les deux tiers inférieurs de la couronne, l’arbre a atteint un stade de maturité, avec émission d’axes multiples plus ou moins développés, et une bonne vitalisé, malgré une certaine mortalité de certains d’entre eux.
La partie basse de l’arbre correspond à une phase d’expansion (soit un stade de jeune adulte), avec ramifications denses et une bonne vitalité. Ces axes touchent le sol, et se redressent mais restent reliés à l’arbre en continuité des branches du niveau 2, affaissées jusqu’au sol.
Ci-dessous: partie basse de l’arbre avec marcottes
Quelques données générales sur les platanes
Les deux espèces ont été séparées naturellement depuis plus de 30 millions d’années par l’Océan atlantique. Elles restent capables de s’hybrider malgré ce long isolement si l’homme les met en présence. Les hybrides sont actuellement très nombreux, mais restent stériles.

Une stratégie d’expansion impressionnante
Les platanes hybrides ou natifs poussent vite, et présentent des architectures complexes, en fonction des situations écologiques, comme on l’a vu pour le géant de Provence. Les racines présentent plusieurs caractéristiques intéressantes : on sait qu’elles s’anastomosent entre elle (cad que les racines se soudent avec d’autres racines du même arbre) ce qui augmente leur stabilité et permet des échanges de nutriments, et aussi qu’elles s’étendent bien au-delà de la cime de l’arbre sur des distances parfois importantes, pour chercher des nutriments nécessaires à une structure de plus en plus imposante.
Cette souplesse d’architecture est importante pour l’espèce face aux aléas des milieux dans lesquels elle vit, que ce soit des traumatismes ou des situations localisées plus favorables, comme un apport brusque de lumière ou de nutriments.
Les avantages du platane en ville
Le platane est une espèce horticole ornementale très plantée en Europe, car il présente de nombreux avantages : de grandes dimensions, une grande longévité, ne faisant pas trop d’ombre à d’autres plantes qu’on souhaiterait planter dans les parcs ou jardins. Il est aussi tolérant aux pollutions, aux conditions difficiles des milieux urbains (manque de sol, sécheresse). Enfin, il supporte bien d’être taillé.
Il est certes attaqué par divers pathogènes comme l’anthracnose, , mais une parade est d’enlever les feuilles mortes de l’automne, qui sont favorables au développement du champignon, qui passe l’hiver dans les feuilles mortes sur lesquelles il produit ses spores le printemps suivant. On peut aussi hydrater l’arbre en hiver, car les sécheresses peuvent l’affaiblir. Par ailleurs, le fait d’être hybride (cas des platanes d’Europe) réduit les risques d’infection, car le platane d’Orient est bien plus résistant à cette maladie que le platane d’Occident.
Références
Barthélémy Daniel, Caraglio Yves, Drénou C., Figureau C.. 1992. Architecture et sénescence des arbres. Forêt Entreprise (83) : 15-35.
Remerciements
Je remercie chaleureusement Monsieur et Madame Michiels, propriétaires de cet arbre magnifique, de m’avoir accueillie et procuré des documents inédits. Un grand merci également à Yves Caraglio pour les documents et les explications fournies.